vendredi 29 septembre 2017

Lettre à l'Absent

Cinq ans, aujourd'hui.
C'est hier, c'est avant-hier, c'était si proche et si loin.

Il n'y a pas un jour sans que je ne pense à toi.
Pas un jour sans qu'un souvenir ne fasse irruption dans ma vie
Un sourire, une chanson, Goldman
Envole-moi
Oui, envole-toi, mon Ange.
Nous ne sommes que des humains en souffrance… et le savoir, ça fait déjà un peu moins mal…

Et puis il y a quelques jours
Tu sais j'ai jamais vraiment été en phase avec mon époque
Les êtres que je fréquente sont rares et ils ont souvent quinze ans de plus ou de moins
… ça ne fait rien

Et j'ai toujours plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Baudelaire avait raison.

Et puis il y a quelques jours, je découvre cette chanson qui a quelques mois, et que je ne connaissais pas
Elle parle de cet homme à la voix familière qui conduit la nuit, non pas pour se perdre mais pour essayer de se retrouver.
Et à la ligne près… il raconte ce que je vis. (Et c'est sans parler de l'histoire racontée dans la vidéo)


Je conduis la nuit.
Je vois le ruban fluide et brillant qui défile inlassablement

Comme lui, j'ai éprouvé les routes de campagnes
Les autoroutes désertes
Les chemins de terre
Les villes silencieuses et douces quand il pleut

Mais je te promets que jamais je n'ai eu de tentation d'approcher le décor.
La Vie est bien trop précieuse et magnifique 
- même si c'était mieux à deux -

Et puis il y a la responsabilité, ce qui tient ce qui fait tenir droit
Il y a la fierté d'être la mère de ton fils
Ce magnifique jeune homme qui te ressemble tant

J'ai eu beau demander à tout ce qui existe ici bas et là-haut
Il n'y a rien à faire
Il n'y a qu'à guérir, apaiser patiemment
Faire confiance au temps.

Je voulais te dire qu'un jour, penser à toi ne m'a plus tuée
Un jour d'été où il a fallu revivre.
Décider qu'il fallait être encore heureuse, que j'étais jeune encore

Qu'il y avait de la place pour le souvenir mais pas beaucoup pour la peine
Qu'on pouvait aimer encore sans pour autant oublier.

Aujourd'hui je roule non pas pour oublier.. mais pour vivre, aller de l'avant, vers un ailleurs attendu, espéré.




jeudi 22 juin 2017

samedi 3 juin 2017

Anh

Parfois, une image.. et pas n'importe laquelle.. et se fait l'étincelle.. la magie de l'inspiration ! Encore un grand bonheur à écrire d'après une oeuvre d'art, "le Tube" de l'Ami Djiazzz Sculpteurdepixel, dont vous pourrez retrouver la page Artiste ici : https://www.facebook.com/Djiazzz.


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Elle avait bien fini par arriver, la drôle de lettre du notaire après ta disparition. Elle contenait une autre lettre, pour moi, et les mots de l'ancien, que j'avais si bien connu et côtoyé renfermaient un secret.

Une lettre et un vieux jeu de clefs.

"Tu trouveras les clefs pour ouvrir le fond du hangar.
Tu sais, là où je ne voulais pas que tu rentres. Elles sont à toi.
Fais bon usage de ce que tu trouveras à l'intérieur.
Ton papy qui contemple les efforts de son petit-fils d'un peu plus haut, à présent"

Un jour, il avait bien fallu prendre mon courage à deux mains et entrer dans le garage, là-bas dans un coin paumé de campagne où tu habitais. Cette maison remplie d'oiseaux et qui étrangement résonnait d'un silence pesant.

Je n'avais pas l'habitude de trembler mais là, en mettant la clef dans la serrure, ça vacillait de partout.

Le hangar, forcément je connaissais, j'y avais passé mon enfance, au milieu des outils, de l'odeur de cambouis, des traces indélébiles sur les vêtements. Il n'y avait pas de hasard à ce que je m'inscrive en carrosserie, puisque les bases de mécanique générale, comment dire, je les avais apprises avec toi.

Mais j'suis qu'un con de rebelle et le CAP, je l'ai foiré parce que j'avais la tête ailleurs, le nez planté dans mes bouquins d'histoire à rechercher je ne sais quoi. Ce jour-là, tu n'étais pas très content, ça se voyait, enfin tu n'avais rien dit mais je voyais bien la déception dans tes yeux.

La porte rouillée et couverte de poussière s'est ouverte dans un couinement déchirant.

Là, au fond du hangar, se tenait tapi dans l'ombre, au premier regard, une épave, enfin une carcasse que j'imaginais échouée. Un Citroën Type H. Couvert de poussière et de toiles d'araignées.
C'est quoi cette antiquité, d'où tu tiens ça papy, et surtout pourquoi ?

Je fus parcouru d'un soupir croisé d'un début de rire nerveux, pfff qu'est-ce que je vais faire de ce truc, c'est ça ton cadeau, elle est là ta surprise ?

Je fis le tour du propriétaire, contemplant l'ensemble avec un regard mêlé d'admiration et de découragement.  La porte côté conducteur était ouverte et là, surprise, autant l'extérieur était dans un état épouvantable, avec des travaux de carrosserie à en user des nuits, autant l'habitacle était impeccable. Sur le siège passager, une enveloppe.

Alors, je m'installai dans le véhicule, et je déchiffrai ton écriture.

"Mon cher enfant,
Quand tu liras ces mots c'est que je ne serai plus là... Tu dois te dire que l'ancien te fait un drôle de cadeau, empoisonné même, mais il est pour toi.
Le camion a été refait à neuf. Je t'ai laissé de quoi l'embellir un peu. "

L'enveloppe contenait une longue lettre, et des photos que je n'avais jamais vues nulle part. Une jeune femme brune, les yeux bridés, des paysages lointains que je ne connaissais pas. L'Asie. Le Vietnam, précisément.

Cette femme, Anh, c'était ma grand'mère.

Les pièces s'assemblent.
Je me souviens du peu que tu disais.

Je me souviens du tatouage sur le haut de ton bras à une époque où ça ne se faisait pas. Un dragon. Le symbole de ce pays inconnu.

Je me souviens maintenant de toutes ces choses que tu ne voulais pas aborder, de là-bas, de la guerre, de notre chance, de ton silence, du pourquoi.

Mamie que tu avais sauvée et qui était rentrée en France avec toi. Tu étais un tout jeune homme et un jour de trop de bombardements, d'une maison en ruines, tu avais extirpé cette adolescente presque femme aux yeux bridés et aux longs cheveux lisses qui allait devenir ton épouse… ma grand'mère.

Elle était morte en couches, à la naissance de maman. Tu n'avais pas eu une vie facile. Tu ne nous disais presque rien, tu parlais jamais vraiment de toi. T'étais parti sur les routes avec le H pour vendre sur les marchés, de quoi subsister ; maman avait survécu et nous avions grandi un peu comme des naufragés, des survivants, happés dans une histoire qui n'était pas la nôtre, mais qui expliquait tant de choses.

Mes yeux. Les traits si fins de maman. Les questions quand j'étais petit, à l'école. Mon incapacité à habiter le lieu, l'espace, le temps, à trouver ma place puisqu'il manquait tant d'épisodes.

Je te promets papy, je vais le finir ton camion, je vais en faire quelque chose de beau. Et puis le CAP, je vais le repasser, et je l'aurai. 


© Djiazzz Sculpteurdepixel


Lalie Segond © Tous droits réservés.


mardi 25 avril 2017

Les fleurs ennemies

Il était une fois, dans un merveilleux jardin, qui aurait pu être dessiné par Dali, une petite fleur de freesia et un jardinier qui vivaient en totale harmonie. Il l'avait plantée à l'endroit le plus chaud et le plus ensoleillé du jardin. C'était un homme très soucieux de son Art, qui avait pour particularité de ne sortir que le soir, au couchant du soleil. La petite fleur de freesia était un peu fragile, car ses longues clochettes courbaient son dos et le temps lui paraissait long car elle devait attendre la fin de chaque jour pour que l'Artiste jardinier lui rende visite.

Dans ces moments, elle profitait de chaque instant que la Vie lui donnait, se rappelant avec un peu de mélancolie qu'il faudrait bientôt, dans quelques semaines, regagner la terre pour qu'un nouveau printemps renaisse l'année suivante.

Elle contemplait les tableaux merveilleux qu'il créait, puis arrivait le couchant, le chien-loup, la belle lumière du jour s'atténuait, le ciel s'obscurcissait et la petite fleur de freesia, malgré toute l'attention portée et tous ses efforts, s'endormait de fatigue d'avoir hissé ses belles clochettes, tandis que l'Artiste jardinier s'en retournait dans sa maison. Et le lendemain un nouveau jour naissait et leur histoire recommençait.

Mais un jour, la petite fleur de freesia découvrit une faille dans son bonheur trop parfait. L'Artiste jardinier avait reçu en cadeau un magnifique rosier qu'il installa, sous les yeux étonnés de la petite fleur, dans un autre coin du jardin, suffisamment loin d'elle toutefois pour qu'elle ne s'en aperçoive pas et surtout, pour qu'il puisse lui rendre visite sans que la petite fleur ne le sache. Mais, vous pensez bien qu'en redressant ses clochettes, et puis les jours de vent, que la petite fleur de freesia avait une vue imprenable sur ce qui se tramait de l'autre côté du jardin.
De cette plantation nouvelle, naquit un beau bouton de rose, une jeune pousse, un amour naissant et gardé au secret se mit à grandir et la petite fleur de freesia, malgré le splendide soleil de l'été, remarquait bien que les passages de l'Artiste jardinier se faisaient plus rares.
Autrefois, il venait la voir, passait du temps en sa compagnie, la regardait pendant des heures, allant jusqu'à humer les doux effluves de ses clochettes et souriait avec tendresse quand le vent chahutait doucement sa silhouette.

Maintenant, les mauvaises herbes commençaient à envahir le sol à ses pieds, le jardin qu'il avait rendu si beau pour elle devint une friche, et que dire de son cœur, elle se mit à penser qu'il ne l'aimait plus. Mais que s'était-il passé pour qu'il en soit ainsi ? Peut-être que la couleur de ses fleurs ne lui plaisait plus… ? peut-être s'était-il lassé tout simplement ?  

Pendant ce temps, à l'autre bout du jardin, la rose inconnue devint l'objet de toutes les attentions de l'Artiste Jardinier. Il y mit toute son âme, tout son art, allant même jusqu'à changer ses habitudes pour passer plus de temps avec elle. Elle s'épanouissait à ses côtés, et il avait l'air si heureux, que la petite fleur de freesia dut se résoudre : il l'avait complètement oubliée. L'avait-il seulement appréciée, qu'était-elle pour lui ?

Ses trop grands questionnements en vinrent à lui faire, peu à peu, détester la rose, l'orgueilleuse, la reine d'entre toutes les fleurs. Mais pour qui se prenait-elle, avec son moiré orangé qui lui donnait, ironie du sort, la couleur du soleil couchant ? En hissant bien haut ses clochettes, la petite fleur de freesia parvenait même à humer son parfum, insoutenable, impossible de lutter contre ces effluves qui faisaient la réputation des plus grands parfumeurs. Non, désespérément, non il ne m'aime plus. Je vais bientôt disparaître sous la terre, et ce sera comme si je n'avais jamais existé, se disait-elle.

Le temps passa et effectivement, avec lui l'automne, la lumière de l'été laissa place à l'ombre, et la petite fleur de freesia, comme les autres années, vit ses clochettes se flétrir.

Puis ce serait le tour de sa longue tige, jusqu'à ce qu'elle s'endorme sur le sol jusqu'à l'année prochaine.

L'hiver qui survint cette année-là, fut un des plus terribles que le jardin ait jamais connu. L'homme resta terré au fond de son atelier, ne sortait que rarement, évitant le contact des gens, le froid avait fait se figer la nature, se glacer le sol. Et par ce premier jour de printemps, où le soleil timide osa revenir, quand l'Artiste jardinier remit le nez dehors, il s'aperçut que le rosier qui animait la belle rose avait gelé.

Il resta longtemps silencieux, ne sachant que faire. On est bien peu de choses… Une chanson lui revint en tête.

De l'autre côté du jardin, parmi les feuilles et l'odeur de la terre humide, complètement oubliée, mais à l'abri providentiel, une petite plante de freesia pas encore en fleurs osa étirer son bébé tige et salua la nature, allant jusqu'à s'écrier de bonheur d'être encore en Vie.


Ce matin-là, quand elle ouvrit les yeux sur cette nouvelle vie qui recommençait, elle savait que le lien ne serait jamais rompu, que si elle ne parvenait pas à conquérir son amour, elle garderait toujours une place en son jardin. 


Lalie Segond © Tous droits réservés 

vendredi 30 décembre 2016

Page blanche

C’est particulier d’écrire dans un disque dur vide, dans un ordi tout neuf, dans une vraie, mais une vraie page blanche.

Ce mois-ci, j’ai flingué mon disque dur. Un jour peut-être, je vous raconterai comment, mais toujours est-il qu’il est mort. Vraiment.

Avec, à l’intérieur, des textes, des photos, la mise à jour de mon autobiographie, le début du roman jeunesse que j’étais en train d’écrire, des ébauches d’écrits à venir, des pistes de travail, mon carnet d’adresses et mes mails, tout ce qui n’était évidemment pas sauvegardé parce que je suis insouciante pour ces choses-là, comme bon nombre d’entre nous.

Sur le moment, j‘ai eu la sensation de manquer d’air.  Même les intonations de ma voix ont changé.

En l'espace d'un an et demi, j’ai perdu deux disques durs avec des données essentielles. Le premier m’a été volé, l’autre est mort.

Il y a fatalement des questions qui se posent, des interrogations qui pointent le bout de leur nez.
Et s’il fallait revivre quelque chose ? cette grande nuit déjà vécue autrefois ? Est-ce qu’un écrivain peut continuer à écrire sans sa base de travail, ce socle d’inspiration et de création contenu dans cette machine ? et comment on continue ?

Et puis, les choses s’éclaircissent. Se distinguent. On ressent la netteté.
Bien des textes sont sauvegardés sur d’autres supports, sur des serveurs, et en quelques mails certains échanges importants seront retrouvés.

… Qu’est-ce que j’ai perdu ? et surtout… qu’est-ce que j’ai gagné ?
Un immense sentiment de liberté.

Evidemment que cette perte n’arrive pas n’importe quand, à n’importe quel moment. Elle est survenue à l’heure du solstice d’hiver, à l’heure des renouveaux, de la lumière qui renaît, au moment où l’ombre ne s’épaissit plus. Elle arrive aussi à point nommé au temps des séparations, des ruptures, des décisions de vie… de la sagesse, de la nécessité. Ne plus se faire mal. Il y a des joies qui ne se conjugueront décidément jamais au singulier.

Parce que l’essentiel, est intact, préservé, à l’abri, sur d’autres supports.

D’accord, ma banque d’images pour Instagram et mes créations est entièrement à refaire, cela prendra du temps mais ce n’est pas si grave.

Il y aura ton odeur qui restera au fond de ma mémoire reptilienne, comme un soir au cinéma.
Il y aura des silences qu'il faudra bien se résoudre à accepter. 
Il y aura « Lights » d’Archive (Athènes, 2010) que je n’écouterai plus jamais de la même façon.

Il y aura cette respiration.

Il y aura les Pyrénées Orientales. Il y aura votre regard bleu de glacier.  Il y aura votre bienveillance.
Il y aura Vous.


Prendre une profonde inspiration. S’autoriser à être libre, heureux, enfin. 



lundi 5 décembre 2016

Sur le Fil


Encore une inspiration d'après une oeuvre de mon Ami Djiazzz, "Katana". (et la belle énergie de Lights d'Archive, pour le fond sonore) 

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Elle couvre cette peau tant détestée.
A corps défendant, coeur enseveli sous tant de pensées,

Des cicatrices anciennes, sillons dans sa chair comme autant de blessures,
tant de stigmates et de sutures
Elle l'immunise, elle le dissimule, elle ne veut pas qu’on voie, jamais...
Jamais et plus personne.

Elle marche en équilibre au-devant de la vie sur ce sol instable,
chaque pas est une épreuve, lui demande un effort pour continuer à exister, à se battre encore.

Je suis une guerrière aux cheveux de feu, une femme - dragon, une fille armée jusqu’aux dents, armée pour la vie, toujours au combat jusqu’à la mort. Je marche au-devant de la vie vers l’inexorable, l’obscurité, le néant.

Si elle y croyait, elle le ferait recouvrir entièrement, pour que plus aucun grain de peau n’apparaisse… pour que tout cela disparaisse.

Pour qu’aucun regard n’y soit posé.
Pour que les seuls regards autorisés soient ceux du jugement, de ceux qui ne savent pas.


… Mais tout cela c’était autrefois.

Il a bousculé chacune de ses convictions, il s’est mis à nu ou presque.
Une histoire d’été, de chaleur écrasante, d’ombre absente, de gouttes d’eau peut-être.
Elle a posé ses yeux sur lui, un regard de respect et de confiance, comme cela n’était plus arrivé depuis si longtemps. Elle ne savait pas qu’on pouvait. Mourir et revivre à nouveau.

Il lui a fait baisser sa garde, il a posé son regard attentif, aux couleurs des lacs de montagne, sur sa personne toute entière, sans juger, sans vouloir savoir peut-être.
Il y a vu les cicatrices, les ancrées, les profondes, les visibles et les invisibles.
Il a vu les dessins, les douleurs, les couleurs, les motifs encrés et la nuit, sa nuit surtout.

C’est cette vision d’elle qu’il souhaite.
S’il la convainc de marcher nue comme ça devant lui, d’avoir cette vision apocalyptique qui lui fera tant de bien, à elle, s’il l'emmène… même si ce n’est qu’une image.

Il faut un glaive, il faut une arme, il faut qu’elle se dresse face à la nuit, face au fatidique.

...L’arme ne sert à rien, c’est elle la plus belle arme, son corps tatoué aux cinq éléments, prestigieux atours qui ornent sa peau, son corps est magnifique ainsi encré, il faut lui dire qu’elle est unique, une oeuvre d’art vivante et frémissante, il faut que son regard à lui soit ce qui guérit, ce qui frôle, ce qui apaise, il faut que son regard à elle accepte de se défaire des armures, lui faire savoir qu’on peut se battre ainsi, créer et écrire dans la nudité de l’âme, dans le vulnérable, dans le splendide.


Djiazzz © "Katana", détails, Tous droits réservés.

Djiazzz © "Katana", Tous droits réservés.